C'était avec une immense impatience que je me rendais un jeudi soir de janvier à la salle Pleyel pour écouter danser les doigts du pianiste de renom, Boris Berezovsky, sous la direction de Paavo Järvi accompagné de son Orchestre de Paris. Quelle ne fut pas ma déception en apprenant qu'il était absent, suite à des soucis de santé, et remplacé, pour jouer le même programme, à savoir le Concerto pour piano n°1 et la Totentanz (Danse Macabre) de Liszt, par une pianiste au nom totalement étranger "Valentina Lisitsa".

     Digérant avec lenteur mon amertume, je décide quand même de lire le papier, glissé à la dernière minute dans les programmes, et de partir à la découverte de cette pianiste ukrainienne qui se présente pour la première fois sur la scène de la salle Pleyel. C’est alors que j’apprends qu’elle n’est pas si inconnue que ça et qu’elle jouit en réalité d’une importante notoriété hors de l’hexagone, notamment chez les anglo-saxons, sur l’ensemble du continent américain, et en Asie ; qu’elle a (cela va de soi) remporté de nombreux prix prestigieux ; enregistré des œuvres du grand répertoire (l’Appassionata de Beethoven, les Kinderszenen de Schumann, du Schubert et du Liszt). Elle a même enregistré les Sonates pour piano et violon de Charles Ives avec la brillante violoniste (donc je vous reparlerai, je ne peux pas lui faire d’impasse) Hilary Hahn.

    Je retrouve donc toute mon attente, piquée d’une terrible curiosité, et c’est ainsi qu’après un brave discours du directeur de salle (s’excusant et remerciant la belle invitée de pouvoir assurer le concert tout en conservant le programme d’origine), la lumière se fond en obscurité, la scène double en brillance, sous des applaudissements orchestre, puis chef font leur apparition, et après quelque toussotements, le silence s’installe et la magie opère.

 

      La belle saura se faire attendre, avec une création mondiale d’Eric Tanguy, sur commande de Paavo Jarvi et en hommage à Henri Dutilleux, Affectuoso, «In memoriam Henri Dutilleux».

 

    Et c’après cette réussite contemporaine, qu’une créature blonde, souriante, surmontée d’escarpins et vêtue de rouge fait son apparition. Elle se dirige avec calme jusqu’à l’objet de ses désirs, s’assoit sur son fauteuil de velours noir face au Steinway, fait signe au chef et la musique s’installe.

 

    Les yeux clos, son chant envahit mes oreilles. Si douce, sa musique coulait, tout en finesse. J’avais peine à percevoir les marteaux de cet instrument pourtant à percussion. Elle savait se montrer pesante et oppressante quand la phrase le suggérait, ses doigts se faisant alors beaucoup plus lourds sur le clavier. Un équilibre parfait entre une grande sensibilité et une brillante virtuosité.

    Le concerto et la danse s’enchainent, entrecoupés par des applaudissements retentissants, elle nous fera l’honneur de quatre bis, qui seront eux aussi plus que chaleureusement récompensés car merveilleusement exécutés, avec une interprétation très personnelle (et jolie) de l’Ave maria de Schubert, la Campanella (la plus fluide et rapide qu’il m’eut été donné d’écouter) de Liszt.

 

    Et malgré l’entracte, il faudra aux musiciens (et à l’auditoire) les deux premiers mouvements de la Quatrième Symphonie de Tchaïkovski en fa mineur pour oublier cette déroutante performance. Mais les pizzicati taquins du scherzo auront raison de cette légère dissipation, laissant se clore le concert sur un quatrième mouvement allègrement éclatant, pour le plus grand plaisir de la salle.

 

Je vous laisse avec quelques liens, en espérant qu'elle saura aussi charmer vos oreilles.

La Totentanz

 

 

Le premier mouvement du Concerto pour piano n°1 (célèbre)

 

 

 

 

 

Et parce que c'est une belle symphonie, (et surtout pour son troisième mouvement)

 

 

 

 

J'attends avec impatience vos impressions.

Camille.